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LIBRE OPINION

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ASAF JANVIER 2017

LETTRE D'INFORMATION - JANVIER 2017

Défense : l’heure des choix 

L’article du chef d’état- major des Armées (CEMA), paru le 20 décembre dans Les Echos, a suscité de nombreuses réactions. C’est bien la preuve que les chefs militaires doivent s’adresser non seulement aux élus mais aussi aux Français par le canal des médias car leur discours est repris.

Le message est clair : il est indispensable et urgent de relever la part du PIB consacrée à la Défense et de poursuivre ce redressement dans la durée, faute de quoi nos capacités militaires, qui déclinent inexorablement, s’effondreront brutalement. 

En cette année d’élections présidentielle et législatives, ce message doit être entendu et compris par toute la Nation et, au premier chef, par ceux qui aspirent à assumer la responsabilité de « chef des Armées ».

Quel effort faisons-nous ?

La situation de notre armée a été présentée encore récemment, lors de l’audition des chefs d’état-major devant les députés et les sénateurs; elle est donc bien connue des élus. Elle l’est moins des Français même si les sondages révèlent que la majorité de nos compatriotes demandent une augmentation des ressources de la Défense ainsi qu’une modernisation des matériels et des équipements des armées pour assurer leur crédibilité dans l’avenir.

Cette situation critique est dangereuse. Elle est la conséquence prévisible d’une baisse délibérée et continue de la part du PIB consacrée à la Défense durant des décennies. 

En 1980, nous consacrions 3% (hors pensions) de notre richesse nationale à la Défense. En 2019, à la fin de la loi de programmation militaire (LPM), nous devions arriver à 1,4% mais les attentats de Paris ont contraint le gouvernement actuel à annuler les réductions d’effectifs prévues jusqu’en 2019 et à maintenir la part de la Défense au niveau de 2015 c'est-à-dire à 1,5% (hors pensions) et non pas à 1 ,8% du PIB comme on peut le lire parfois. Cette différence de 0,3% correspond au montant des pensions de retraite qui est maintenant pris en compte dans certaines comparaisons, notamment par l’OTAN.

Le seuil de rupture

Cette érosion continue des ressources pendant plus de 35 ans a entraîné une réduction importante de la force nucléaire de dissuasion qui conserve cependant encore sa cohérence. Mais sa modernisation permanente exige des ressources financières importantes que la LPM actuelle ne prévoit pas, au point que certaines voix proposent de l’abandonner. Si tel était le cas, mesure-t-on bien les conséquences d’un tel renoncement sur le plan de notre capacité à répondre alors à un chantage nucléaire et sur celui de notre crédibilité politique, militaire mais également technologique ?

En réalité, l’essentiel des économies s’est fait au détriment des forces conventionnelles qui contribuent, elles aussi, à la dissuasion et qui sont, si souvent, engagées dans les opérations de guerre. Leur efficacité est aujourd’hui  remise en question en raison de l’absence ou de l’insuffisance de plusieurs capacités d’action et de la grande vétusté de nombreux matériels.

La vie quotidienne

Les conditions matérielles de vie deviennent sous certains aspects inacceptables. Ainsi, six ans après le constat d’échec du logiciel Louvois utilisé pour le paiement des soldes de l’armée de Terre, 15% des militaires (tous grades confondus) de cette armée ne reçoivent toujours pas le montant exact des rémunérations auxquelles  ils ont droit. Quelle administration, Bercy compris, ou quelle entreprise française continuerait de fonctionner dans ces conditions ?

S’agissant des locaux dans lesquels vit et travaille le personnel, la dotation pour leur entretien a été divisée par trois en quelques années. Est-ce la meilleure façon de traduire, à nos soldats, la reconnaissance de la Nation martelée dans tous les discours officiels ? 

Prendre la parole

La situation est critique ; la paupérisation, hier rampante, est  maintenant visible. N’en déplaise à un éphémère ministre de la Défense qui contestait récemment sur son blog le droit au CEMA de s’exprimer dans la presse, il est indispensable que  les chefs militaires expliquent dans les médias, y compris à la télévision, et directement aux Français, la situation de nos forces, leurs atouts mais aussi leurs fragilités et leurs besoins. Car si les armées obéissent au pouvoir politique, nos concitoyens  doivent être également informés sur la Défense par les « hommes de l’art ».

En outre, les chefs militaires ont un devoir imprescriptible vis-à-vis des hommes et des femmes qu’ils commandent au combat : c’est celui de veiller à ce  que ceux-ci disposent des matériels et des soutiens nécessaires pour accomplir leurs missions en toutes circonstances. Cette responsabilité morale reste permanente et totale. 

Réagir

Parce que nous sommes en guerre pour longtemps et sur plusieurs fronts et  qu’il nous faut simultanément  prévoir le maintien à niveau technologique de la dissuasion nucléaire, remplacer et moderniser nos matériels et enfin retrouver un niveau d’entraînement supérieur et des conditions de vie décentes, nous devons réagir vigoureusement. 

Actuellement à 1,5%, la part du PIB consacrée à la Défense doit être remontée à 2%  au plus tard en 2020, mais il faudra ensuite poursuivre l’effort durant la prochaine décennie. La Défense est une nécessité et un atout pour la France ; elle est devenue aujourd’hui  une urgence absolue.

LA REDACTION

LETTRE ASAF 16/10-2016

TROIS DECISIONS INCOHERENTES ET PROVOCANTES.

Le décret du 12 juillet 2016, portant création de la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme, prévoit en son article 7 que cette médaille sera portée juste après l’ordre national du Mérite. Dans l’ordre protocolaire des décorations françaises, cette médaille primera donc sur les croix de Guerre et de la Valeur militaire décernées par le ministre de la Défense, mais aussi sur la médaille de la Résistance et sur la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement.

Les victimes honorées avant les héros

Le décret du 12 juillet 2016, portant création de la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme, prévoit en son article 7 que cette médaille sera portée juste après l’ordre national du Mérite. Dans l’ordre protocolaire des décorations françaises, cette médaille primera donc sur les croix de Guerre et de la Valeur militaire décernées par le ministre de la Défense, mais aussi sur la médaille de la Résistance et sur la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement.

Il ne s’agit pas de contester le bien-fondé d’une reconnaissance des souffrances endurées par les blessés et les familles des victimes. Mais ainsi promulgué, ce décret revient de fait à placer la victime, en l’occurrence passive, devant le combattant engagé, sur ordre ou à son initiative, au service de la France et de son concitoyen, auteur d’une action exemplaire au péril de sa vie. Nombre de victimes estiment d’ailleurs que cette décoration est sans objet, car elles ne comprennent pas la raison de sa place à un tel rang au regard du caractère exemplaire des actions que rappellent les autres médailles.

Il appartient donc maintenant aux services du président de la République et des ministres concernés de proposer les modifications à apporter aux textes pour corriger cette incohérence consécutive à une erreur d’appréciation.

Le 19 mars et le massacre des harkis par le FLN

Dans le discours qu’il a prononcé le 25 septembre à l’occasion de la journée d’hommage aux harkis et supplétifs, le président de la République a déclaré : « Je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans l'abandon des harkis, dans les massacres de ceux restés en Algérie, et dans les conditions d'accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France ». Nul ne peut en effet nier la réalité de l’abandon des Français et harkis aux égorgeurs du FLN. Plus de 60 000 massacrés : des harkis, des « pieds noirs » mais aussi des soldats français.

Mais alors pourquoi passer sous silence que ces massacres, d’une violence et d’une barbarie inimaginables, ont été perpétrés sur des hommes, des femmes et des enfants sans défense, par des membres du FLN, organisation qui bénéficiait, faut-il le rappeler, du soutien du parti communiste français et de Français dits « progressistes » ? Pourquoi ne pas rappeler que le 19 mars, date à laquelle devait prendre effet le cessez le feu, appliqué strictement par l’armée française et rompu unilatéralement dès le lendemain par des dirigeants du FLN, a marqué le début des massacres qui se poursuivirent après l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962 ?

Dans ces conditions, n’est-il pas à la fois incohérent et insultant pour les harkis, comme pour tous ceux qui ont été tués ou ont disparu après le 19 mars, d’avoir retenu cette date comme deuxième date de la journée nationale d’hommage aux victimes de la guerre d’Algérie, alors que cet hommage était déjà commémoré le 5 décembre depuis plusieurs années ?

Les officiers généraux s’exprimeront de plus en plus 

Le général de corps d’armée Claude Piquemal vient d’être radié des cadres par mesure disciplinaire prise par décret du 23 août 2016, signé par le président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Défense et non publié au Journal Officiel, alors qu’il était relaxé des faits du code pénal retenus contre lui par décision du tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer, du 26 mai 2016. Cette décision ministérielle, prise durant l’été, intervient au moment où le gouvernement se décide enfin à faire disparaître la « jungle » de Calais, situation dangereuse et inacceptable, violence quotidienne infligée aux Calaisiens et que dénonçait à juste titre le général Piquemal.

Intervenant après l’envoi par le ministère de la Défense, à plusieurs officiers généraux, de lettres de mise en garde relatives au « devoir de réserve », cette sanction se veut, à n’en pas douter, dissuasive à l’encontre de ceux qui expriment leur appréciation sur la situation sécuritaire de la France. Jugeant son état grave, ils estiment de leur devoir de partager leurs analyses compte tenu de leur formation, de leur réflexion et de leur expérience sur les questions stratégiques et de Défense. 

Sur ce sujet précis, l’existence de la jungle de Calais ne reflète-t-elle pas la remise en cause de l’intégrité du territoire national, dont la garantie est une responsabilité fondamentale de l’Etat et la mission des armées, au même titre que la protection de la population et l’indépendance nationale ?

Enfin, les autorités politiques qui ont signé le décret pensent-elles sérieusement que ces officiers vont se taire ? D’ailleurs, comment pourraient-elles interdire aux officiers de s’exprimer au moment où le président de la République et chef des armées, fait, dans ses fonctions, d’innombrables confidences particulièrement sensibles à des journalistes ? A l’heure d’internet, le temps de la « grande muette » est terminé !

L’ASAF constate et dénonce l’incohérence et les contradictions qu’illustrent ces trois évènements récents qui touchent tant au domaine de la Mémoire qu’à celui du lien armée-nation. Elle s’inquiète sur la capacité de la classe politique à relever les défis redoutables que doit affronter notre pays : terrorisme, éducation, dette, chômage, politique étrangère, pour n’en citer que quelques-uns.

L’incohérence des mesures prises s’explique hélas trop souvent, là comme en d’autres domaines, par une vision de court terme dictée par les échéances électorales. Le temps du courage et du service exclusif de l’intérêt national est venu, faute de quoi la situation risque de devenir très rapidement explosive.

La REDACTION de l’ASAF
www.asafrance.fr

L'INDISPENSABLE REMONTÉE EN PUISSANCE DE NOTRE ARMÉE

Association de soutien à l'Armée française

15-06-L'INDISPENSABLE REMONTÉE EN PUISSANCE DE NOTRE ARMÉE.

Si 90% des Français ont confiance en leur armée en raison de la valeur des hommes et des femmes qui y servent, plus d’un Français sur deux estime que le budget actuel de la Défense ne permet pas à nos forces de remplir leurs missions et 70 % pensent qu’il faut moderniser les forces conventionnelles pour maintenir la crédibilité des armées (1). Leur diagnostic est juste et leur évaluation de la situation de nos forces est parfaitement pertinente. Ainsi, les Français connaîtraient-ils mieux et s’intéresseraient-ils davantage aux Armées que nombre d’élus pour qui la Défense devrait être une des premières préoccupations ?

Qui ne sait, grâce à internet, que les effectifs militaires sont réduits au point qu’il y a aujourd’hui moins de soldats professionnels qu’il y en avait avant la professionnalisation ?
Qui ne sait que, pour faire face aux multiples missions, les armées sont contraintes de réduire le temps de formation et d’entraînement des unités et des pilotes ? 
Qui ne sait que nombre de matériels ont près de 50 ans d’âge et que le taux de disponibilité moyen ne dépasse guère 50 % en raison des conditions d’emploi (rythme et climat) ?

Bref, face à cette situation, la décision du président de la République d’arrêter les réductions d’effectifs inscrites dans la loi de programmation militaire 2014-2019 va dans le bon sens, mais elle permet seulement de ralentir la dégradation de notre outil de Défense. Cette décision ne constitue en aucun cas le début d’une remise à niveau de nos forces. C’est l’équivalent, pour un blessé grave, d’un point de compression face à une hémorragie. 
Les chiffres sont là : nos forces ont été amputées d’environ 10 000 personnes durant les années 2013 et 2014 et de 40 000 au cours du quinquennat précédent, entre 2007 et 2012, alors que les menaces et le nombre des opérations militaires ne faisaient déjà qu’augmenter !

Tous ceux qui s’intéressent aux questions de Défense, en consultant par exemple les auditions des chefs d’état-major ou en ayant des contacts directs avec des membres de nos armées, savent qu’il est indispensable et urgent de relever notre effort de Défense. Les contrats opérationnels définis dans le dernier Livre blanc de 2013 par une commission, qui comptait d’ailleurs très peu de militaires, s’avèrent, comme l’ASAF le dénonçait dès sa parution, parfaitement incohérents au regard des menaces qui y étaient pourtant décrites avec justesse.

Aujourd’hui, alors que « nous sommes en guerre » sur plusieurs fronts et pour longtemps, nous consacrons à la Défense 1,5% de notre PIB, soit deux fois moins qu’en 1982, année où les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 obéraient pourtant lourdement nos finances. Il est vrai que nous dépensons annuellement en pure perte, l’équivalent d’une fois et demie le budget de la Défense en paiement des intérêts d’une dette dont le volume n’a cessé de croître en dépit des coupes faites depuis plus de 30 ans dans le budget de la Défense.

Comment refaire nos forces ?

Point n’est besoin d’un nouveau Livre blanc sauf pour permettre au Président de préciser ou confirmer sa vision de la France et ses ambitions stratégiques.

  • Veut-il disposer d’une véritable capacité d’influence mondiale et être en mesure de remplir nos obligations de membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU ? 
  • Veut-il disposer d’une force de dissuasion nucléaire crédible ? 
  • Veut-il avoir une véritable capacité d’appréciation de situation autonome?
  • Veut-il être en mesure de défendre nos intérêts stratégiques à l’étranger et si oui, dans quelles zones du monde?
  • Veut-il être en mesure d’intervenir comme membre influent dans une coalition européenne?
  • Veut-il enfin et surtout  être en mesure d’assurer la neutralisation de l’ennemi s’il opérait de manière organisée et coordonnée sur tout ou partie du territoire national ?

C’est d’abord à partir de la définition du projet politique pour la France et du niveau d’indépendance et de crédibilité recherchés que doivent être déterminées les ressources consacrées à la Défense.

Est-il vraiment déraisonnable de viser initialement 2,5 % du PIB grâce à une augmentation annuelle de 0,1 % de part de PIB pendant 10 ans puis, si la situation l’exige, de viser 3 % pour 2030 ? Cet effort ne sera réalisable que si des mesures draconiennes de lutte contre le gaspillage sont mises en œuvre et que si l’Etat se recentre sur les fonctions vitales, c’est-à-dire stratégiques, de la politique de Défense.

A partir d’une vision et de buts politiques clairs et d’un budget revu à la hausse sur le moyen et le long termes, il sera possible aux Armées, en liaison étroite avec les industriels, de proposer une reconstitution des capacités perdues, de moderniser rapidement nos équipements et, surtout, d’augmenter notre format pour pouvoir mener les opérations actuelles avec succès et être en mesure de préparer les capacités nécessaires aux menaces de demain.

L’ASAF, qui a pour seule ambition de soutenir notre armée par la sensibilisation des Français et par le rappel aux responsables politique de la priorité que constitue la Défense, saisira toutes les occasions pour développer et présenter ces propositions sans pour autant vouloir se substituer aux états-majors qui disposent d’équipes très compétentes. C’est dans cet esprit qu’elle continuera à s’exprimer dans les médias qui la solliciteront, dans les réunions publiques et séminaires traitant des questions de Défense.

Affiliée à aucun parti politique, l’ASAF veut apporter son capital de connaissances et d’expériences à une réflexion indépendante, à un débat libre et argumenté susceptible de déboucher sur des propositions pertinentes. Elle pourra être ignorée des médias, ostracisée ou au contraire stigmatisée ou calomniée en raison de ses prises de position. Elle le sait. Mais en ce 100e  anniversaire de la bataille de Verdun, il en faudrait bien davantage pour la faire renoncer à ce qui, pour elle, constitue un devoir essentiel au regard de la situation de fragilité et de guerre dans laquelle nous nous trouvons.

 

LA REDACTION

1/ Selon le dernier sondage du ministère de la Défense DICOD/IFOP

ARROGANCE & AUTISME

ASSOCIATION DE SOUTIEN DE L'ARMEE FRANCAISE

BILLET DU PRESIDENT DE L’ASAF JUPPE : ARROGANCE ET AUTISME

Les propos tenus le 25 avril devant des étudiants de l’IEP de Bordeaux par monsieur Juppé le au sujet du général de corps d’armée Bertrand Soubelet sont parfaitement incongrus et incompréhensibles au regard des responsabilités qui lui ont été confiées dans le passé et de celles auxquelles il aspire pour l’avenir proche.

«Un militaire, c'est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s'en va» Non, monsieur Juppé, un officier général n’est pas un ministre qui passe d’un ministère à un autre souvent sans connaître grand-chose aux matières qu’il est amené à y traiter. Un officier général, en situation de responsabilité, possède une compétence indiscutable et indispensable pour permettre aux dirigeants politiques (Président, ministres et élus) de prendre les meilleures décisions en toute connaissance de cause. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le général Soubelet a été auditionné !

Les militaires, y compris ceux qui appartiennent au haut commandement, ont donc le devoir de s’exprimer devant les élus et les Français avec la plus grande franchise. Refuser les analyses et les propositions de ceux qui possèdent la connaissance précise des réalités, c’est faire preuve d’un autisme qui explique sans aucun doute bien des problèmes que la France rencontre sans les traiter au fond parce que ses dirigeants ne savent pas écouter et donc comprendre et décider avec intelligence.

Dire d’autre part que : « Les militaires ont le droit de penser mais il y a des limites à ne pas dépasser » est non seulement inconvenant mais proprement scandaleux. C’est la marque d’une suffisance voire d’une arrogance détestables souvent attachées d’ailleurs à l’image que les Français ont de l’auteur de cette sentence. Qu’aurait dit monsieur Juppé si l’on avait appris que le général Soubelet avait caché la vérité à la représentation nationale ? Aurait-il félicité ce général d’avoir menti par omission ?

En écoutant ces propos, on comprend bien pourquoi les Français disent ne plus avoir confiance en une classe politique autiste.

Ils souhaitent maintenant des chefs francs et clairvoyants, courageux et animés du seul souci de servir l’intérêt général.

En considérant les militaires comme de simples exécutants muets, monsieur Juppé exprime en fait sa volonté de voir une caste politicienne conserver le pouvoir et ses prérogatives, en faisant taire les Français qui veulent ardemment sortir la France de l’impasse dans laquelle elle se trouve.

Monsieur Juppé, en ce centième anniversaire de la bataille de Verdun, l’Histoire nous rappelle qu’on ne conduit pas la France à la victoire et au succès contre les Français ou sans eux. Cela est d’autant plus vrai quand on aspire à devenir le chef des armées et qu’on se permet de faire de la démagogie sur le dos des soldats français.

Henri PINARD LEGRY Officier général en 2ème section Président de l’ASAF

ASAF OCTOBRE 2015

LIBRE OPINION du Général (2s) Dominique MARIOTTI : LE SURSAUT NECESSAIRE

Quand une institution ne se sent pas bien et traverse « une crise », la tendance est souvent d’évoquer le manque de moyens auquel elle est confrontée pour accomplir sa mission. La Justice manque de juges, l’Education manque de professeurs, l’Hôpital manque d’infirmiers, l’Armée manque de soldats… Bref, tout le monde manque de personnel, d’argent pour le payer et pour le former, de matériel pour l’équiper… etc. ! Cela est sans doute vrai dans bien des cas mais il y a aussi d’autres facteurs de malaise qui sont souvent mis sous le boisseau parce qu’ils mettent en cause la pertinence et la cohérence des politiques qui les gouvernent. Au premier rang de ces facteurs figurent sans doute le manque de vision et l’absence d’objectifs suffisamment clairs pour être compris de tous.

En ce qui concerne plus particulièrement la politique de défense, le caractère gribouille des décisions prises au gré des événements de ces dernières années est pour le moins inquiétant. Les Livres blancs qui se sont succédés depuis la désormais mythique chute du Mur de Berlin soulignent la dangerosité d’un monde dépolarisé et nous invitent paradoxalement à la réduction de nos efforts de défense… ! Un attentat survient-il dans nos murs que l’on prend la décision de réduire un peu moins nos effectifs que prévu tout en faisant croire au gogo qu’il s’agit d’une mesure courageuse et très significative.

Les chefs d’états-majors de nos armées définissent à grand bruit un seuil de forces en-dessous duquel il n’est plus possible d’assurer la mission. L’année suivante on ne s’en souvient plus, et l’année d’après encore moins. Un nouveau Livre blanc est écrit qui remet les compteurs à zéro et ainsi de suite… Le citoyen peut légitimement se demander s’il y a un pilote dans l’avion.

Il s’agit donc d’un problème de volonté politique et de commandement, bref, de prise de responsabilité. Et la question est de savoir comment sortir de ce discours absurde, en vogue dans certains milieux, qui prétend que l’on peut appliquer à la constitution et à la conduite des forces armées une logique uniquement comptable. Ce ne sera pas facile parce que cette confusion règne depuis longtemps.

Les forces armées constituent un ensemble qui, pour être cohérent, ne peut dissocier la quantité de la qualité. Raisonner en nombres de bataillons n’est pas plus pertinent de nos jours qu’il ne l’était hier si personne n’est capable de les employer avec intelligence. Mais toute l’intelligence d’un stratège ne saura vaincre l’ennemi s’il ne dispose d’aucune force pour le faire. C’est de cette équation qu’il s’agit toujours dans le dialogue entre le pouvoir politique et les chefs militaires. Encore faut-il que tous les acteurs se comprennent et parlent le même langage. Lorsque les politiques n’ont plus la moindre idée de ce que représente le maintien des capacités des forces et de l’effort permanent de préparation et de mise en condition qu’il implique, l’échange tourne immanquablement au dialogue de sourds et provoque les catastrophes dont l’Histoire ne manque pas d’exemples.

Pour notre pays, et compte-tenu des responsabilités mondiales qu’il nous appartient d’honorer, les menaces sont nombreuses et protéiformes. Nos capacités militaires ne peuvent être improvisées lorsque les crises surviennent ou remises en causes en permanence au gré des postures politiciennes. L’intelligence veut qu’un outil militaire robuste, cohérent et bien adapté au poids que l’on entend peser sur la balance internationale soit maintenu dans la durée. Car seule la durée des structures de commandement et des unités de combat permet aux états-majors de se préparer et d’entraîner les forces à réagir rapidement et efficacement aux menaces. Tout le monde sait le rôle tragique que les remaniements désordonnés des chaînes de commandement des unités françaises à la veille de la deuxième guerre mondiale ont joué dans la débâcle de juin 1940.

Il faut donc cesser immédiatement d’éreinter nos armées dans un processus permanent de réformes aussi coûteuses qu’inutiles. Il faut laisser les militaires travailler et se préparer aux opérations dont c’est la mission.

Il faut assurer sans délai l’ensemble de la communauté militaire d’une condition sociale et matérielle à la hauteur de la disponibilité que l’on exige d’elle.

Il faut assurer maintenant et dans la durée le volume des effectifs et des équipements afin que ceux qui sont en opération soient en sécurité, que ceux qui doivent se remettre en condition puissent le faire en toute sérénité et que ceux qui se préparent à entrer en campagne puissent s’entraîner avec le maximum d’efficacité.

Ces impératifs participent du devoir régalien de l’Etat. S’il n’est pas en mesure de le remplir, les volontaires pour les armées se feront de plus en plus rares dans toutes les catégories.

Alexis de Tocqueville, parfois nostalgique des grandes vertus féodales, était acquis à la démocratie. Il en mesurait la grandeur mais aussi les dangers, surtout ceux de la fugacité des opinions qui ne s’attachent qu’au bien-être érigé en culte. Il comprenait que ceux qui se présentent aux suffrages du peuple ne pourraient promettre que de satisfaire son goût du confort. Comment peut-on alors imaginer que le politique et le soldat puissent parler la même langue ? Si Molière revenait parmi nous, il en ferait une comédie qui nous amuserait beaucoup. On y parlerait en « éléments de langages ». On compterait « les dividendes de la paix ». On inciterait au retour sur « le cœur de métier » ! On y verrait un maréchal-de-camp, couvert de plumes, maudire Louvois aux écuries et lui cirer les bottes dans l’antichambre du roi.

Le dialogue entre le politique et le militaire sur les effectifs et les équipements est souvent difficile mais il ne faut pas que le militaire de son côté se complique la vie, et surtout celle des échelons subalternes, par des réformes internes saugrenues et d’une efficacité douteuse. Il ne faut pas qu’il invente à son tour, par on ne sait trop quel zèle, un langage et des concepts qui ne soient que le reflet de la mode et du snobisme ambiant. Il est impossible aujourd’hui de savoir qui est à l’origine de cette dilution des responsabilités dans la fragmentation du commandement qui a prévalu à la création des bases de défenses, par exemple. On a fait fi en trop peu de temps d’un élément culturel de notre armée de terre qui remontait à Richelieu : le régiment. Nous ne reviendrons pas une fois encore sur cette révolution inutile et bâclée mais, à travers cela, nous nous interrogerons sur cette tendance générale qui semble vouloir empêcher les officiers de commander. Tout se passe souvent comme si il était impossible de savoir qui commande quoi. Et l’on peut se demander à qui profite ce manque de clarté. Certainement pas au soldat. Et c’est là le crime !

Quand un soldat, dans le djebel, n’a pas les souliers qui conviennent ou quand il a des munitions défectueuses pour son fusil d’assaut, il doit bien y avoir un responsable quelque part. Quand son épouse et ses enfants, en base arrière, ne reçoivent pas la solde, il doit bien y avoir un responsable quelque part. Et quand on nous explique que la remise en ordre du système informatisé de la solde va coûter aux contribuables des millions d’euros, il doit bien y avoir un responsable quelque part. Comme plus personne n’a le droit de commander, personne n’est responsable.

Il faut impérativement rétablir l’autorité et les responsabilités hiérarchiques à la manière dont les avait définies le général LAGARDE en 1975. Il faut que le chef d’état-major des armées se cramponne de toutes ses forces au décret n° 2009-869 du 15 juillet 2009 qui définit clairement ses attributions. Et il faut soumettre sans équivoque ceux qui soutiennent à ceux qui combattent.

Il faut que les chefs militaires placent les politiques devant leurs responsabilités sans la moindre complaisance. Ils y perdront certainement leurs étoiles mais garderont leur honneur. Car pour un officier, il n’y a pas de chuchotements de cabinet quand il s’agit des soldats et « du succès des armes de la France ». Le politique a horreur d’être mis face à ses responsabilités, surtout en matière de défense. C’est la raison pour laquelle l’information est extrêmement contrôlée dans ce domaine. Personne ne laissera un chef militaire expliquer que ses unités, ses équipages ou ses pilotes sont sous- entraînés et épuisés ailleurs que face à une commission contrôlée et calfeutrée.

Les soldats doivent exiger que ceux qui les envoient au casse-pipe parlent le même langage qu’eux et qu’ils partagent les vertus que l’honneur leur impose.

Dominique MARIOTTI Officier général (2S)

Détail

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